Interview
Professeur Gérard Saillant : « un besoin de santé publique »
© Jacques Vapillon / DPPI / IDEC
PROFESSEUR DE CHIRURGIE orthopédique, doyen de la faculté de médecine, chef du service de chirurgie orthopédique, traumatologique et réparatrice du CHU Pitié-Salpêtrière, Gérard Saillant est un des plus éminents spécialistes de la chirurgie de la colonne vertébrale et de la médecine du sport, président de la Fondation ICM. Il explique l'importance de l'ICM, dont il est l'un des initiateurs.
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Professeur Saillant, quel constat vous a amené à la nécessité de créer l'ICM ?
Créer un outil innovant pour répondre à un besoin de santé publique. La durée de vie augmentant, les maladies du cerveau et de la moelle épinière deviennent un des enjeux majeurs du siècle. Or c'est un domaine très compliqué à comprendre. Aujourd'hui, on peut réparer un coeur malade, un fémur cassé, enlever une prostate mais on n'est encore qu'aux balbutiements de la compréhension du cerveau et de la moelle, dont on commence tout juste à déchiffrer le fonctionnement normal. Et pour pouvoir les réparer, il faut mieux les comprendre.
Et jusqu'ici les recherches en la matière étaient plutôt dispersées ?
Absolument. Une des idées de base de l'ICM est qu'il faut décloisonner entre tous ceux qui cherchent dans leur coin. Même un génie ne peut rien faire s'il est seul. Le problème est si complexe qu'il faut réunir en un même lieu à la fois la recherche fondamentale et la recherche clinique, mais aussi des spécialistes physiciens, informaticiens, des sciences sociales. Qu'ils viennent du public ou du privé, d'un pays ou d'un autre, comme en sport il faut constituer la meilleure équipe pour espérer gagner la partie. C'est ce que met en oeuvre l'ICM. On y viendra aussi bien du CNRS ou de l'Inserm que des grands laboratoires pharmaceutiques ou des grands centres de recherche privés. Et il y aura un centre de traitement qui permettra d'avoir le meilleur retour molécule/patient. Nous sommes partis du principe qu'il n'y a pas une "bonne" recherche qui prime a priori sur une autre.
L'ICM sort de terre à Paris, mais c'est un projet international ?
Oui. Ce n'est pas un projet franco-français. Plus de 600 chercheurs venus du monde entier vont y travailler ensemble sur 22000 mètres carrés de laboratoires où on trouvera par exemple cinq IRM de recherche high-tech, un centre de recherche biologique, etc. Le défi est mondial, ne l'oublions pas. C'est un projet très ambitieux. Il aura aussi une dimension économique de valorisation de la recherche, l'ICM pouvant aussi susciter des vocations dans ce domaine et avoir un rôle de pépinière d'entreprises pour des start-up. La construction des bâtiments démarrera le 1er janvier 2008.
Voir ICM dans les voiles du trimaran de Francis Joyon, c'est important ?
Je ne suis pas un spécialiste de voile, mais un grand passionné de sport, fervent lecteur de L'Equipe. Ce qui nous rassemble avec Francis Joyon c'est l'importance du défi que nous entreprenons. Faire un tour du monde en solitaire à la voile en est un, et de taille. Pour l'ICM, il s'agit de résoudre l'équation du cerveau, ce cerveau qu'on veut savoir réparer. Ce sont des enjeux immenses et nous sommes évidemment fiers et touchés que Francis Joyon porte ce flambeau autour du monde. C'est un symbole fort.
Vous êtes un grand médecin du sport. Un petit conseil pour Francis ?
(Rires) Il n'a guère besoin de moi pour ça ! Il faudra qu'il sache gérer son sommeil, ses efforts, ses éventuels problèmes. La règle du jeu dans le sport comme dans la vie, c'est savoir jusqu'où ne pas aller trop loin. Mais je crois qu'il le sait déjà !
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