Le navigateur Francis Joyon est arrivé hier après-midi à Marseille à bord de son multicoque géant IDEC, au terme d'un long convoyage depuis la Bretagne. Joyon arrive sur la « grande Bleue » avec un "agenda de Ministre" ; outre les opérations de Relations Publiques organisées par le Groupe IDEC, Francis embarquera à bord d'un Extreme 40 à Hyères lors de l'étape Française de l'Ishares Cup, exhibera son grand trimaran sur la ligne de départ de l'Immo Cup à Marseille, et tentera, dès que le Mistral fera son apparition, d'établir un temps référence en multicoque et en solitaire sur le parcours du record de la Méditerranée entre Marseille-Carthage (Tunisie). Un programme dense qui n'est pas pour déplaire au double recordman et de l'Atlantique et du Tour du monde en solo, qui se tourne déjà sur son prochain défi : Le Record de la Découverte entre Cadix et San Salvador.
+Reportage photos ... à Marseille. Retrouver une sélection de photos du maxi-trimaran IDEC à Marseille dans la rubrique photos du site Internet
Francis Joyon à Hyères. Francis Joyon a navigué jeudi à bord des Extreme 40 à Hyères. Il a pu prendre part à 3 courses d'entraînements sur trois bateaux différents.
La flotte des 11 Extreme 40 se préparait pour la seconde étape de l'iShares Cup, qui se déroule à partir de vendredi et jusqu'à Dimanche à Hyères.
Au large de l'Algérie. Petit message de Francis Joyon actuellement en convoyage entre la Trinité sur Mer et Marseille : "record de vitesse en atlantique , record de lenteur en Méditerranée ! on tricote dans du tout petit temps au nord de l'Algérie , nous devrions être à Marseille mercredi dans la journée"
A suivre ...
A peine remis de sa victoire dans la Transat Anglaise 1972 à bord de Pen Duick IV, Alain Colas rêve de Cap Horn... Son désir de s’engager dans la première course autour du monde en équipage est contrarié – les multicoques n’y sont pas admis – qu’à cela ne tienne : Colas partira seul, « à la dure ». L’oiseau métallique devient Manureva, son skipper s’élance de Saint Malo le 8 septembre 1973 (soit le jour où la Whitbread s’élançait de Portsmouth), prévoyant de faire une escale à Sydney. Il parviendra au port australien après 79 jours de mer (alors que Francis Chichester, détenteur du temps de référence autour du monde en solo, avait lui mis 106 jours) et où il patiente environ un mois, afin, a-t-on dit à l’époque, de « rattraper » les concurrents de la Whitbread et de les doubler au passage du cap Horn ! Le retour vers Saint Malo se fait dans des conditions clémentes et c’est au terme de 169 jours de navigation qu’Alain Colas entre en vainqueur dans la cité corsaire, ayant amélioré de 56 jours la performance de Chichester.
Lorsque Philippe Monnet largue les amarres, le 10 décembre 1987, le temps de référence autour du monde en solo est détenu par l’américain Dodge Morgan, dont la circumnavigation a à peine excédé 150 jours... Philippe a racheté le trimaran Jacques Ribourel (précédemment skippé par Olivier de Kersauson) et c’est profondément remanié avec le concours de l’architecte Xavier Joubert, que l’engin de 24,50 mètres prend la mer sous le nom de Kriter. Malgré sa volonté de boucler son tour sans la moindre escale, le skipper ne pourra éviter de s’arrêter à deux reprises, tant le rythme infernal imposé au trimaran compromettra sa fiabilité. Mais ces escales, d’abord à Cape Town puis en Nouvelle-Zélande, n’empêcheront pas Kriter – dont la vitesse inquiète parfois un Monnet pourtant tête brûlée de nature – d’aligner de belles journées à plus de 16 nœuds de moyenne dans le grand sud et d’arriver victorieux à Brest : 129 jours et 19 heures, record à battre.
1988. Olivier caresse le projet d’un tour du monde en solo depuis déjà quelque temps, mais les déboires liés au financement de l’aventure ne cessent de repousser le départ. Pire encore, Philippe Monnet a lui rondement bouclé un budget et s’en est allé établir un nouveau record ! Lorsqu’Olivier part, son trimaran ne s’appelle plus « Poulain » suite à la défection du sponsor, mais « Un autre regard ». L’Amiral sait qu’une telle machine ne sera pas de tout repos pour un homme seul dans le grand sud et les conditions qu’il rencontre lui donnent raison. Epais brouillards, coups de vent violents et autres déferlantes lui feront dire après coup : « j’ai eu l’impression de vivre deux mois avec un pistolet sur la nuque ». Les pages qu’il a noircies suite à ce voyage prouvent à quel point il en est revenu marqué... Marqué mais victorieux lui aussi, car malgré deux escales techniques, Olivier améliore un an plus tard le record de Monnet après 125 jours de mer.
Parti avec l’ancien Sport Elec à peine remanié, sans routage, Francis Joyon sait que les 27 mètres du trimaran conçu pour un équipage ne lui laisseront guère de répit dans le gros temps... Mais qu’importe, le défi est trop tentant pour ce solitaire chez qui compétition rime forcément avec aventure : IDEC coupe la ligne de départ le 22 novembre 2003 à la faveur d’un couloir de vent de nord établi au large de la Bretagne, et advienne que pourra ! Très vite, la machine s’avère exigeante mais diablement rapide, et c’est en moins de 20 jours (19 jours et 20 heures) que Joyon double le cap de Bonne-Espérance et s’engouffre dans le Grand Sud. Le grand oiseau rouge dévore les milles et rivalise avec le tableau de marche de Sport Elec, vainqueur du Trophée Jules Verne en 1997 ! La performance force l’admiration de ceux qui, à terre, suivent la progression d’IDEC. Après une rupture de têtière de grand-voile et un méchant coup de vent, Francis arrive au cap Horn après 49 jours de mer et l’on commence à rêver d’un tour du monde en solo bouclé en moins de 80 jours... De fait, après une remontée classiquement complexe de l’Atlantique, le marin sera de retour à Brest le 3 février 2004, au terme d’une circumnavigation n’ayant duré que 72 jours, 22 heures, 54 minutes et 22 secondes, un exploit étonnant que l’on pense ne pas voir amélioré d’ici longtemps.
Lorsqu’elle déclare, peu avant son départ, que l’exploit de Joyon est presque « impensable », Ellen MacArthur pèse ses mots. A bord de son trimaran de 75 pieds, elle s’attaque à ce record du tour du monde en solo qui n’a qu’un an et qui, de l’avis de tous, va tenir un bon bout de temps. Et pourtant... Lessivée, à bout de sa résistance physique et mentale, Ellen MacArthur semble puiser toujours plus loin dans ses ressources sans jamais être au bord de la capitulation. La phénoménale jeune femme affiche de l’avance sur la progression de Joyon, améliore un à un les records intermédiaires et tient bon devant l’adversité. Les journées à plus de 500 milles se succèdent, le trimaran allonge la foulée et se montre sécurisant dans la mer formée... mais il fait payer un lourd tribut à son skipper, qui arrivera le 8 février 2005 à Falmouth, au terme de la « plus dure des épreuves ». Ellen MacArthur prend alors à peine conscience du fait qu’elle vient de battre le record d’Idec, tant le soulagement est grand, tant le comité d’accueil démesuré tranche avec la solitude de deux mois de mer. Mais les faits sont là : Avec 71 jours, 14 heures, 18 minutes et 33 secondes, l’homme le plus rapide autour du monde en solo est désormais… une femme.
| 1972 | Alain Colas sur «Manureva» |
|---|---|
| 1987 | Philippe Monnet sur «Kriter» |
| 1988 | Olivier de Kersauson sur «Un autre regard» |
| 2004 | Francis Joyon sur «IDEC» |
| 2005 | Ellen MacArthur sur «Castorama» |